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GOING CLEAR

PRÊT-À-PORTER PRINTEMPS-ÉTÉ 2027

Quand on travaille dans la mode, le calendrier du secteur – pour nous, quatre défilés par an – devient le métronome de notre vie. Chaque année, chaque jour, le temps semble s’accélérer de plus en plus. Ça me coupe le souffle de penser à quel point le monde semblait différent la dernière fois que je me suis assis pour rédiger des notes pour une collection de prêt-à-porter. Ces sept mois – entre mars 2026 et aujourd’hui – ont été parmi les plus bouleversants de l’histoire récente de l’humanité. J’écris ces lignes le 27 septembre, et d’ici à ce que vous lisiez ces mots, le 1er octobre, il y aura eu de nouvelles avancées médicales, de nouvelles perceptions de la réalité.

Tel est donc le contexte de notre secteur, qui pèse 3 000 milliards de dollars. À son apogée se trouve la Fashion Week de Paris. C’est ainsi qu’au coeur de Paris, dans les sous-sols du Louvre, nous nous retrouvons pour explorer ensemble le prochain chapitre et la prochaine ère de l’une des marques les plus influentes de la mode.

Lorsque nous avons commencé à développer le prêt-à-porter il y a quelques années, il nous semblait urgent et essentiel de le différencier de la haute couture. Mais si notre identité couture était relativement facile à définir, il était – je l’admets – plus difficile de déterminer qui et quoi Schiaparelli représentait sur un marché du prêt-à-porter déjà saturé. Nous nous accrochons tellement à ces expressions à la mode vides de sens — le glamour « facile », par exemple — que nous en oublions ce qui fait véritablement l’intérêt et l’attrait du prêt-à-porter : la distillation. L’essence. Le pouvoir de la cohérence dans un monde où les messages clairs et fiables semblent se faire rares.

Ironiquement, le cheminement vers la distillation de l’essence de notre haute couture a commencé par une envie instinctive de la décomposer. L’émergence des pièces séparées est devenue un thème clé de cette saison : nous avons repris nos silhouettes, robes et décolletés emblématiques pour les réinventer sous forme de hauts et de bas. Mon instinct de juxtaposer l’esprit français de la Maison à mes racines texanes était présent dès le début, mais nous n’avions jamais vraiment embrassé l’héritage plus large du sportswear américain et de son approche vestimentaire « choisissez votre propre aventure », celle qui offre une liberté absolue à celle qui porte les vêtements… Et qui lui accorde également une confiance absolue. Mélangez, assortissez, appropriez-vous le look. Afin de rendre ces choix plus faciles et plus fluides, nous avons limité la palette de couleurs au noir Schiap, à l’ivoire et au beurre, avec quelques touches de couleur. Il en est ressorti un « kit » modulaire pour constituer une garde-robe, qui possède tout le punch et le caractère graphique de la haute couture, mais avec un esprit de décontraction qui semble à la fois plus généreux et plus libérateur. En mettant davantage l’accent sur vous, la personne qui porte les vêtements, cela est devenu, sans le vouloir, encore plus caractéristique de la Maison.

Nous avons également voulu faire la distinction entre précision et netteté : comment une pièce pouvait-elle être à la fois rigoureuse et douce ? Vous constaterez qu’il y a très peu de lignes austères dans toute la collection ; on y trouve plutôt des ourlets ondulés et des ouvertures asymétriques.

Les volants réalisés en cuir et en lin s’inspirent des rideaux originaux qui ornaient les fenêtres du deuxième étage de l’atelier de la place Vendôme à l’époque d’Elsa. Ces rideaux à volants ont toujours semblé à contre-emploi dans cette pièce, et j’adore le fait que ces volants aient eux aussi un petit côté incongru.

Nous avons également souhaité rendre hommage à l’amour d’Elsa pour le ludique, ici exprimé à travers de nouvelles broderies : des motifs de légumes et de plumes finement travaillés apparaissent sur des chemises transparentes, transposant ainsi les ornements habituellement réservés aux tissus de haute couture, comme la soie et le velours, sur des matières légères et transparentes. Ces broderies de légumes apparaissent également sur l’une des huit versions différentes de la veste Schiap classique, réinterprétée dans une nouvelle palette de couleurs tirées des archives : bleu martin-pêcheur, vert mousse et rose saumon. Nous avons également rendu hommage aux fondements de la Maison en mettant l’accent sur la maille, véritable vedette de cette collection : une maille transparente en viscose effet écorce d’arbre fait référence à un tissu développé par Elsa. La technique de la broderie anglaise a fait le chemin de la haute couture vers le prêt-à-porter ; ici, le langage de la haute couture peut respirer, s’étirer et, oui, se lacer. Enfin, nous avons développé ce que j’appelle le « revenge dressing », qui a inspiré nos interprétations de la petite robe de cocktail noire parfaite. Je n’arrêtais pas de penser au Look 1 de notre dernière collection de haute couture, « The Abyss » : elle était si simple, si désirable et si parfaite.

Cette combinaison — entre fantaisie et rigueur — se poursuit dans notre nouvelle collection de sacs à main. Notre philosophie a toujours été d’associer des formes archétypales (le hobo, le sac à main classique) à des touches artistiques. Cette collection, avec ses détails enjoués, comme une bouche en laiton qui fait office de poignée, réussit parfaitement cette union. Il en va de même pour nos chaussures, qui proposent plusieurs nouveaux modèles bas destinés au quotidien : une petite babouche. Une bottine en maille qui fait référence à un modèle porté par Elsa à la fin des années 30. Une mule ornée d’une boule sur le bout, inspirée de photos de starlettes du cinéma américain des années 50, dont Marilyn. Un talon totem plus bas. Enfin, il y a nos bijoux, et là encore, l’idée est celle du choix : choisir quelque chose pour son seul plaisir. Nous avons imaginé toute une ménagerie d’« animaux totems » : des boucles d’oreilles, des manchettes et des broches en forme de chevaux, de dauphins, de cochons, de chiens, de chats et d’araignées. Lequel représente votre nature profonde ? Et partout, vous verrez les codes les plus chers à la Maison (le trou de serrure, la bouche signature) faire des apparitions nouvelles et inattendues : sur le dessus d’une chaussure. Nichés dans une broderie dense sur un sac à poignée supérieure. À l’arrière des cols.

En tant que créateurs de mode, nous sommes tellement attachés à notre vision que nous consacrons moins de temps à penser à la personne qui portera ces vêtements. Ce qu’il y a de beau à créer des vêtements aussi extraordinaires pour un nombre aussi limité de boutiques, c’est que cet écart n’existe tout simplement pas : ce que nous présentons, c’est ce que nous produisons, c’est ce qui est acheté, c’est ce qui est porté. Nous n’avons pas de collection « commerciale ». Ce sont les vêtements, tout simplement. La vision est complète lorsque vous les enfilez.

Et ce titre, alors ? Que signifie vraiment « going clear » ? Pour moi, cela signifie prendre ses distances par rapport à la promesse de statut et de reconnaissance de l’industrie de la mode — cela signifie laisser derrière soi les potins et les réseaux sociaux. Cela signifie se désabonner du bruit ambiant, pour que ne reste qu’une voix aussi claire que celle de Barbra Streisand lors de la soirée d’ouverture au Bon Soir en 1962, chantant « Cry Me a River » ; quelque chose d’unique, d’épique et d’intime, une voix moderne qui, dans son immédiateté, reste totalement intemporelle. C’est une bonne leçon pour tout type d’art, y compris la mode : l’objectif est toujours d’unir l’instant présent… et l’éternité.

Daniel Roseberry

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PRÊT-À-PORTER

AUTOMNE HIVER 2026-2027

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Un code iconique de la Maison

Les yeux, les oreilles, le nez, les lèvres et les mains font partie des obsessions d’Elsa et sont particulièrement visibles dans la collaboration artistique entre Madame Schiaparelli et Salvador Dalí. Aujourd’hui, l’héritage d’Elsa perdure, avec des codes anatomiques plus présents que jamais dans les créations audacieuses et uniques de la Maison.

UNE HISTOIRE & UNE VISION

"La création de robes n'est pas pour moi une profession mais un art."

De son imagination inventive et de sa vision révolutionnaire sur les vêtements de sport, la Haute Couture, l'art, les parfums, les éléments ordinaires transformés en créations élaborées, Elsa Schiaparelli a insufflé un esprit créatif à la mode du 20ème siècle. Ses collaborations iconiques avec des artistes comme Dalí, Cocteau, Man Ray et Giacometti sont devenues légendaires.

Aujourd'hui, la Maison Schiaparelli cultive cet incroyable héritage pour offrir aux femmes du 21ème siècle l'essence d'un style audacieux et d'une allure intemporelle.